Samedi 18 Novembre 2017

Lettre Ouverte au Ministre de l’Éducation Nationale et de l’Alphabétisation du Burkina Faso

Monsieur le ministre,

En vous écrivant cette lettre, je ne sais par où commencer. Ayant été élève, puis collégien puis lycéen, tout en étant fils de professeur au Burkina Faso, je m’alarme des programmes scolaires au Burkina Faso, de plus, la chance qui m’a été donné de continuer mes études à l’extérieur du Burkina Faso m’a encore plus conforté dans le fait que notre système éducatif manque cruellement de réformes, notamment en terme de programme scolaire.

J’ai discuté avec beaucoup de professionnels de l’éducation primaire et secondaire (des discussions qu’on peut écouter sur la page Facebook de Radio Miirya), il est apparu que je suis loin d’être le seul à notifier une incohérence dans le système éducatif du Burkina Faso.

1. On note premièrement que nos programmes scolaires ne sont pas adaptés à notre pays. Nous apprenons encore aujourd’hui, en majorité, des choses qui ne nous sont pas essentiels. Apprendre l’histoire du monde est tout à fait normal, mais apprendre le Burkina Faso d’abord est prioritaire. Nous devons connaître plus en profondeur notre pays, notre histoire, nos valeurs. Nous passons plus de temps à apprendre l’histoire de la France, de l’Europe, du monde arabe, de la première et seconde guerre mondiale et pourtant nous ne connaissons pas assez bien le Burkina Faso. Pour comparaison, des pays comme la France justement, le Japon et les États Unis d’Amérique ne connaissent quasiment rien de nous. Ils apprennent en priorité leurs pays. Certains professionnels de notre système éducatif dénoncent de la désinformation et un apprentissage qui n’est pas si bénéfique que ça aux élèves burkinabè.

2. Nos programmes scolaires ne mettent pas en avant les atouts du Burkina Faso. Il y a une manière assez péjorative de raconter notre histoire, ce qui apporte un désamour pour notre pays et pour ses habitants. Nous devons faire l’apologie de notre pays, de ses qualités, de ses atouts, sans pour autant occulter les problèmes qui se posent à nous.

3. Il est aussi noté que nos outils d’éducation sont conçus et produits en dehors de notre pays, nous avons pourtant les personnes qualifiés pour produire ces outils ce qui nous serait plus profitable et pour l’éducation et pour l’économie de notre pays.

4. Notre système éducatif forme comme prototypes des personnes qui ne sont plus adaptés à nos réalités. Pas mal d’élèves et étudiants dénoncent un système qui pousse tous les élèves et étudiants à vouloir intégrer la fonction publique par des concours et encore des concours; et pourtant nous savons bien que la fonction publique ne peut plus, comme il le faisait auparavant, absorber tous les diplômés qui sortent chaque année. Pour cela, susciter en nos élèves l’envie de l’initiative privée serait une belle solution, d’autant plus que le monde actuel est basé surtout sur cette initiative privée, qui va pousser notre économie et notre système social de l’avant.

5. Notre éducation a tendance à dévaloriser le travail manuel. Quasiment tous les élèves veulent travailler dans un bureau climatisé et pourtant le travail manuel a besoin de professionnels qualifiés pour l’essor de ces différents domaines comme la menuiserie, la maçonnerie, l’agriculture, l’élevage et j’en passe. Pourquoi ne pas apprendre aux jeunes élèves et les valeurs et les vertus de ces domaines qui offrent de belles perspectives économiques pour notre pays? Pour cela, intégrer très vite dans nos formations des ateliers qui susciteraient des vocations.

6. Le rythme scolaire est très intense, ce qui empêche la jeunesse de mener d’autres activités comme le sport ou donner la chance à ceux qui le veulent de développer en parallèle de leurs études d’autres activités.

7. Il faudrait aussi noter que l’école ne joue pas pleinement son rôle d’éducateur, apprendre aux enfants les bons gestes de santé, de biens publics et de respect. Par exemple apprendre aux élèves que les ordures se mettent dans la poubelle, améliorerait l’état de notre pays en matière de salubrité.

Monsieur le ministre, nous avons constaté que notre programme scolaire, à quelques réformes prêtes, est exactement le programme scolaire laissé par les colons depuis notre indépendance, ce qui ne nous ait pas profitable, mais plutôt aux autres pays.

On ne peut pas s’attendre à des changements dans notre société si nous n’éduquons pas notre jeunesse de la bonne manière. Nous devons dès à présent instruire et éduquer nos enfants de manière à récolter les fruits dans les années à venir avec une population beaucoup plus sensibilisée aux problèmes de notre pays. Nous devons donc prendre ce problème à bras le corps pour que notre société évolue positivement.

OUEDRAOGO Ahmed Bachir B.
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Dernière modification le Dimanche, 24 Septembre 2017 23:37

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