Mercredi 23 Août 2017

Pourquoi BurkinaThinks?

Un tournant décisif semble avoir été amorcé ou sur le point de l’être à tout le moins, en Afrique. Il prend corps dans l’intérêt croissant de notre génération, à la différence des précédentes, pour une série de questions fondamentales. Un questionnement sur le rôle et la place du continent dans le monde … des critiques plus construites sur les pratiques politiques ont vu le jour et s’accompagnent d’efforts concrets dans le sens du changement. Mais quel changement? S’agira t-il d'un changement qui la fera renaître comme le phœnix, animal mythique imaginé par ses ancêtres égyptiens, de façon prémonitoire ?

FRANTZ FANON dans sa perspicacité écrivait déjà : « chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, pour mieux l'accomplir ou la trahir ». Peut-on imputer la responsabilité de la situation actuelle du continent aux générations passées? Comment ont-elles perçu leur mission et dans quelle mesure l'ont-elles accomplie? L'analyse du passé nous renseigne à ce propos. En effet, "sous les soleils des indépendances", alors que le reste du monde non occidental s'acharnait au combat pour jeter les bases de sa libération future, deux scénarios se jouaient en Afrique. D'un côté, il y avait le succès de ceux qui luttaient sérieusement pour la libération leurs peuples. Le Ghana de KWAME NKRUMAH, la Guinée de SEKOU TOURE et le Mali de MODIBO KEITA faisant partie de ce lot. De l'autre côté, les forces de domination étaient entrain d’opérer leurs mues.

Voyant l'échec prévisible de leurs manigances, ils firent semblant de renoncer à leurs acquis en orchestrant des semblants d'indépendances qui au fond, ont simplement consisté à substituer à leurs gouverneurs et gardes de cercles coloniaux, des Africains prêts à jouer les mêmes rôles. Ils ne tardèrent d'ailleurs pas à revenir à la charge et à reconquérir certains de leurs territoires perdus : c’est le cas du Ghana et du Mali par exemple ; mais ils en perdirent aussi d'autres au profit des patriotes africains qui jamais ne cessèrent de lutter.

Cependant cette mutation a perturbé le jugement de bien d'Africains et cela continue jusqu'à nos jours. Les critiques se sont désormais concentrées sur les guignols, perdant de vue ceux qui tirent les ficelles. Ainsi, une très grande partie de la production intellectuelle  africaine s'est-elle focalisée sur la  dénonciation des travers des régimes politiques africains post-indépendances, critiques souvent légitimes mais très vite récupérées par les occidentaux qui y ont trouvé la preuve de l'incapacité des Africains à assumer leur destin et par là la légitimité de leurs visées colonialistes.

Sur le plan intellectuel, même si des Africains brillants comme CHEIKH ANTA DIOP et JOZEPH KI-ZERBO ont essayé d'éveiller la conscience de leurs compatriotes, beaucoup ont été attirés par les idées toutes faites, sorte de "prêtes-à-penser" importées de l’extérieur. On est passé de l'époque des grandes célébrations  marquées par les attroupements d'immenses foules scandant des slogans pour célébrer l'indépendance  à celle des adhésions massives aux idéologies les plus diverses, quelle que suicidaires qu'elles puissent être. Ainsi, la colonisation de nos pays respectifs fit place à celle de nos idées et de nos paradigmes intellectuels.

Les adeptes des idées dites progressistes ont manqué de les réinventer. Ils n'en ont pas fait une synthèse adaptée à l'Histoire et à la société africaine à la différence de ce que MAO TSE-TUNG a fait pour la Chine par exemple. Leurs contempteurs ont quant à eux, préféré épouser l'idéologie dominante. Tous ont ainsi laissé à l’abandon les pratiques sociales et les pensées philosophiques africaines éprouvées durant des millénaires. Convaincus du retard du continent (sur quoi et par rapport à qui…), ils ont opté de construire l’Afrique avec les cerveaux des autres et non avec les leurs.

L'Afrique qui ne s'était pas encore remise du déni d'humanité de l'esclavage et de la barbarie du colonialisme s'est retrouvée embarquée dans un débat qui lui était étranger. Ainsi les Africains se sont-ils retrouvés à se combattre entre eux avec les idées des autres: communisme contre capitalisme, islam contre christianisme, traditions contre soit disant modernité.

Au Burkina Faso, une lueur apparue en la personne de THOMAS SANKARA et ses camarades du 4 août 1983. Le nom du pays Haute Volta qui n’avait aucune signification pour le peuple qui l’habitait fut changé en Burkina Faso, « Patrie des hommes intègres », reflétant ainsi l' idéal le plus élevé des peuples qui habitaient cette terre avant que la force de l’Histoire ne les emmène à vivre au sein d’un État unique. Malgré tout, la confusion l'emportant sur la réflexion, au lot de tous ceux qui répétaient les slogans sans en comprendre vraiment la portée, s'ajouta les opportunistes de tout bord qui finirent par mettre fin au rêve de tout un peuple. A l'affirmation de la dignité de notre peuple se sont succédées les compromissions de toute sorte, les hésitations et le conformisme à l'égard des idéologies imposées de l'extérieur et décriées auparavant.

Nous pensons qu'un peuple dont on contrôle la pensée est un peuple condamné à l'échec, la turpitude, le mépris des autres voire à la disparition pure et simple. C'est pourquoi nous décidons de siffler à l'instar de NORBERT ZONGO notre "Bori bana", la fin de la reculade, comme ce colonel de l'Armée de Samory Touré face aux troupes coloniales et leurs suppôts. Il est enfin temps que nous sortions des sentiers battus  d'avance pour proposer des  idées nouvelles à l'Afrique et au Burkina Faso.

Cependant, la tâche est loin d'être aisée. Parmi les difficultés qui empêchent souvent les Africains de s'unir autour de l'essentiel, il y a deux logiques extrêmes, à l'opposé l'une de l'autre. D'une part, il y a l'idée que toutes les idées voire toutes les opinions s'équivalent. Partant de ce postulat, on se contente d'afficher ses opinions avec une intransigeance d'autant plus extrême qu'on abhorre les soumettre à la critique. C'est la logique du "à chacun sa vérité".  Or tout le monde a des opinions mais très peu de gens pensent réellement. Quand on échoue à examiner la genèse de ses opinions, on se retrouve très souvent à répéter des bribes d'idées recueillies ça et là, dont on est loin d'être l'auteur. C'est à travers ce mécanisme que la pensée africaine est contrôlée de l'extérieur. Il suffit que les médias étrangers et quelques personnalités extérieures à l'Afrique émettent une idée pour que toute l'Afrique s'en empare le lendemain à commencer par ses journalistes et ses intellectuels attitrés.

D'autre part, il y a ceux qui soumis à la tyrannie des titres ne savent que faire usage des arguments d'autorité. Du haut de leur piédestal, ils s'attachent à proclamer des vérités et la contradiction les insupporte. On se retrouve donc avec des intellectuels dont la fonction principale se résume en ceci: s'indigner ou se ranger et parfois même les deux à la fois. Autrement dit s'attirer la sympathie du peuple sans froisser les dirigeants. Or la fonction principale de l'intellectuel n'est pas de recueillir ou de produire des certitudes mais de semer des doutes. Concrètement, la fonction est là sans l'organe.

Tous ces éléments ont contribué à former un peuple sans idéologie propre, sans principes clés et par conséquent incapable de créer des institutions consensuelles intimement adossées à sa culture et de défendre ses intérêts face au monde extérieur souvent agresseur à son égard. Notre démarche est sans compromis. Nous ne voulons être ni des intellectuels enfermés dans leur tour d'ivoire, ni des lâches qui s'emmurent dans la forteresse de la neutralité. Nous considérons en effet que l'impartialité n'est pas la neutralité ; que le discours et l'action ne font qu'un.  Nous avons la forte conviction que l'unité du peuple Africain est impérative et que son sort réside d'abord entre les mains de ses filles et fils. C'est pourquoi  nous devons analyser ses problèmes et penser leurs solutions sous un prisme de lecture et avec des paradigmes africains. Tel est notre credo, tel sera le sens de notre action future.

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.