Mardi 27 Juin 2017

Président Kaboré en France: Rechercher la Considération et la Confiance d’un Partenaire à Tout Prix

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  • 07 Avril, 2016
  • Écrit par  Namalgbzanga, S.S. Boyena, P. Komdombo
  • Publié dans Opinions

Le peuple burkinabè a été choqué et indigné par l’accueil que la France a réservé au Président Roch Marc Christian Kaboré lors de sa visite officielle du 5 au 7 avril 2016. Pas de tapis rouge à l’aéroport ou à l’Élysée, aucun membre du gouvernement français pour accueillir le Président Kaboré. Pire, c’est l’ambassadeur de France en poste au Burkina Faso qui a accueilli le président burkinabè à sa descente d’avion. Quel sens peut-on donner à ce coup de nez de la France au Burkina Faso, représenté par son président Kaboré?  Faut-il se limiter seulement au caractère sensationnel et émotionnel de cet événement ou faut-il examiner avec froideur et réalisme la réalité des relations franco-burkinabè?  C’est à ces questions que tentera de répondre cette réflexion.

 De prime abord, il faut mentionner qu’en diplomatie les formalités et les protocoles comptent autant que les déclarations. La France a-t-elle voulu humilier le président Kaboré pour se venger de ses déclarations, quelques jours plutôt à Bobo-Dioulasso où il a affirmé que «le Burkina Faso ne prêtait allégeance à aucun pays» et qu’il avait traduit auprès de l’ambassade de France son «mécontentement » face aux déclarations unilatérales sur le déploiement du Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN) française au Burkina Faso?  C’est bien possible.

Mais ce manque de respect vis-à-vis du président du Faso a choqué plus d’un Burkinabè. Beaucoup ont crié au scandale sur la manière dont le président burkinabè a été accueilli. Certains sont allés plus loin en pointant du doigt le manque de respect de la France au peuple burkinabè, ainsi que l’insulte à notre dignité, pour ne pas dire à notre fierté. Toutefois, pour celui qui connait bien l’histoire entre la France et ses anciennes colonies, ce qui est surprenant ce n’est point l’accueil réservé au président Kaboré mais l’indignation sélective des Burkinabè face aux nombreux faits troublants qui ne datent pas d’aujourd’hui.

Sur le plan économique, le Burkina Faso constitue quasiment une chasse gardée de la France. D’abord, notre monnaie le Franc CFA est gérée non pas par une institution burkinabè mais par la Banque de France. Nos réserves de change ne sont pas gardées sur le sol burkinabè mais en territoire français. Une des conséquences immédiates de cet arrangement monétaire c’est le fait que l’industrie bancaire, financière et celle des assurances, sont fortement dominées par des entreprises (succursales) françaises.

Ensuite au niveau de la santé, la France est l’un des principaux pourvoyeurs de produits pharmaceutiques au Burkina Faso. Nous avons donc une économie structurellement extravertie, qui profite mieux à l’économie française qu’au peuple burkinabè.  Il faut signaler que l’on peut se procurer des produits pharmaceutiques d’égale efficacité et à moindre coût ailleurs, mais cela ne semble pas faire partie de la préoccupation de l’élite burkinabè, mentalement attelée à la France, à commencer par les dirigeants.

Enfin, la plupart des postes d’ingénieurs et de techniciens qualifiés dans les entreprises minières et industrielles au Burkina Faso sont occupés par des étrangers, notamment des Français, alors qu’il y a des Burkinabè diplômés qui sont au chômage. Ces derniers n’ont en général droit qu’aux postes non qualifiés. Même certains contrats de l’État qui nécessitent une certaine compétence technique sont alloués aux entreprises françaises. L’idée que l’autre pense et nous on exécute est suffisamment ancrée dans les mentalités de nos dirigeants.

Le déroulement du tapis rouge par la France au président Kaboré doit-il susciter plus d’indignations que ces relations économiques du type vassal que le Burkina Faso entretient avec la France? Même si le président Kaboré avait été très bien accueilli par la France à sa descente d’avion à Paris, cela ne pourrait pour autant effacer les humiliations quotidiennes que nous fait vivre cette France chez nous au Burkina Faso. Pour avoir le respect de la France, il faut commencer par prendre le contrôle des rênes de l’économie burkinabè pour le mettre au service exclusif du peuple burkinabè.

Au plan militaire, les “autorités burkinabè” ne semblent pas avoir honte de continuer à former les officiers supérieurs de l’armée en France ou d’y acquérir une grande partie des équipements militaires du pays. Près de six décennies après notre indépendance, y a-t-il une raison valable pour que nous ne soyons pas à mesure d’assurer notre sécurité collective et que nous fassions appel à l’aide de l’ancien maître colonial?  Une illustration de cette démission est l’attitude des autorités burkinabè lors de l’attaque terroriste de Ouagadougou. Tout le Burkina Faso manquait-il d’armes et de personnels militaires pour qu’il ait fallu attendre, de 20h00 à 2h00 du matin, que des soldats français quittent le Mali pour venir assister les Burkinabè pour faire face à trois djihadistes?  L’accueil à minima du président Kaboré est moins insultant pour la fierté des Burkinabè que cette décision qu’il a lui-même prise.

C’est bien pour cette raison qu’il faut déplorer l’indignation sélective de certains Burkinabè suite au désastre de l’accueil du président Kaboré à Paris. Quand des citoyens burkinabè s’organisent pour aider l’État dans la lutte contre l’insécurité, ils crient aux milices, à la violation des droits de l’homme, etc. Mais quand des armées étrangères, sans l’accord de notre Assemblée Nationale s’installent sur notre sol pour, soi-disant aider l’armée nationale à combattre le terrorisme, c’est le silence radio, ils trouvent cela normal!!! Combien ont-ils dénoncé cette violation de notre souveraineté?  Ces forces étrangères peuvent même violer des enfants sans être inquiétées par la justice de notre pays.  Bien entendu, les dénonciations de toutes ces organisations de la société civile, qui pour certains mendient des lignes de financements en Occident, se sont faites attendre en vain.

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Dernière modification le Samedi, 14 Mai 2016 11:30

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