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La fin du journalisme en Occident, si jamais il a déjà existé…

La récente attaque coordonnée entre les États-Unis (É-U), la France et le Royaume Uni (R.U.) contre la Syrie dans la nuit du 14 avril 2018 marque un tournant dans les relations internationales. Ce n’est certainement pas la première attaque occidentale contre un État souverain, membre des Nations Unies, mais ce fut la première dont la nature fallacieuse du prétexte est apparue clairement aux yeux de la vaste communauté internationale. Aucune circonvolution discursive ne peut masquer le caractère illégal de cette attaque, qui s’est faite en violation flagrante de la Charte des Nations Unies. Mais cet écrit ne se concentrera pas sur l’implication de cette attaque en matière de relations internationales. Il analysera plutôt le montage médiatique, médiocrement construit, des grands médias occidentaux pour inciter leurs gouvernements à lancer l’attaque. De façon plus générale, la fin d'un journalisme d'information au profit d'un journalisme de propagande est analysée.

Couverture médiatique de l’attaque présumée de Douma

Pour revenir aux faits, tout a commencé quand une vidéo mise en ligne par un proche des militants islamistes syriens, combattant le gouvernement de Bachar El-Assad, a montré ce qui ressemble aux symptômes d’une attaque chimique contre des civils. La vidéo montrait des civils y compris femmes et enfants en difficultés respiratoires, traités entre autres par des bains massifs d’eau, utilisés souvent pour nettoyer les produits chimiques. Cette présumée attaque aurait eu lieu à Douma, une enclave rebelle aux portes de Damas, la capitale syrienne, de laquelle les rebelles lançaient épisodiquement des roquettes de façon indiscriminée sur la capitale Damas.

Le contexte ayant précédé l’incident est le suivant. L’armée syrienne avec le soutien de l’armée russe a conquis la quasi-totalité de Douma. Le territoire a d’abord été scindé en trois poches au bout d’une offensive militaire de quelques semaines, chacune des deux premières étant tombée aux mains de l’armée syrienne, par des accords d’évacuation des combattants vers d’autres territoires du Nord contrôlés par d’autres rebelles. La dernière poche était elle aussi tombée, les rebelles ayant cédé et en phase d’évacuation. C’est précisément à ce moment que l’armée syrienne aurait décidé de «bombarder à l’arme chimique» une maison où seraient réfugiés des civils (tout en ne faisant aucune victime chez les combattants ennemis).

On voit donc que la logique ne tient pas débout. Pourquoi utiliser une arme chimique dans une bataille qu’on a déjà gagnée ? Mais les Occidentaux qui ont, depuis le début du conflit syrien, armé et soutenu les rebelles y compris des jihadistes afin de renverser le gouvernement de Damas, se sont emparés de ce présumé incident pour en faire une démonstration de leur force militaire mais surtout médiatique.

Ainsi dès le 04 Avril 2018, quand on parcourt le site web du Monde, un journal français auparavant identifié comme étant de gauche, on se rend compte de la glissade du doute vers la certitude sur cette présumée attaque. N’ayant aucun correspondant sur place pour effectuer la moindre vérification, il se fie à la vidéo générée par les rebelles en titrant : «Syrie : ce que l’on sait sur la nature des bombardements sur Douma». Comme pour suppléer à l’absence totale de preuves, il rajoute : «les autorités syriennes ont fait usage à de nombreuses reprises de bombes au chlore». En d’autres termes, si vous doutez de ce que nous disons maintenant, assurez-vous : ils l’ont déjà fait dans le passé. Le problème est que cette dernière certitude avait été auparavant construite sur la base de spéculations de même nature que celles présentement mises en doute. C’est comme si on voulait démontrer une idée en s’appuyant sur une idée non démontrée (mais comme ça fait longtemps, on a oublié que ça n’avait pas été démontré).

Le 09 avril 2018, ils continuèrent à titrer : «Carnage chimique dans la Ghouta orientale», et à écrire : «Aucune enquête n’a pu être menée pour l’instant pour déterminer avec précision le type d’agent chimique employé». Cela supposerait que l’emploi de l’agent chimique ait été confirmé et que c’était seulement son «type» qui fut ignoré, mais il n’en était rien. Circonvolution discursive pour transformer le «faux» en «vrai» sans preuve. Paradoxalement ce même site parlait toujours «d’attaque présumée» cinq jours après avoir décrit les événements comme étant prouvés.

Titre du Guardian sur DoumaLe New-York Times (NYT), l’équivalent américain du Monde titrait également le 04 avril : «Les officiels syriens accusés d’attaques chimiques ayant tué des dizaines (de personnes)». A travers ce titre, on voit bien qu’ils n’ont pas la preuve, encore moins un témoignage direct de l’événement mais ils emploient la voix passive pour porter l’accusation sur le gouvernement syrien tout en taisant l’identité de ceux qui accusent. On suggère ainsi implicitement au lecteur que l’accusation peut avoir été formulée par des personnes ou des organisations sérieuses. Faute de preuve, la confiance en l’accusateur suffit pour convaincre.

The Guardian, homologue britannique du Monde et du NYT, titrait à son tour le 8 avril : «Des dizaines (personnes) tués dans une attaque chimique présumée sur une enclave rebelle en Syrie». A l’intérieur de l’article, le mot «présumé» fait place à la certitude; ils citent des «médecins locaux» tout en oubliant de mentionner que ceux-ci travaillent pour un groupe qui se nomme «Jaesh-Al-Islam», traduction : «Armée de l’Islam». Sur toute autre partie du monde, ce genre de groupes serait classifié terroriste mais pour les besoins de la cause du terrassement du régime syrien, il devient un «groupe rebelle» respectable.

Couverture médiatique des tueries de l’armée israélienne

Autre fait, autre approche. Examinons la couverture médiatique qui a été faite des tueries (cette fois-ci pas présumées mais avérées) des Palestiniens par l’armée israélienne. Plusieurs dizaines de Palestiniens, civils, qui manifestaient le long de la frontière avec Israël ont été exécutés à distance par des tirs de snipers israéliens postés le long de la frontière. Dix-sept Palestiniens ont été tués dans la seule journée du 30 mars 2018.

Sur le site du Monde on pouvait lire entre autres : «Dix-sept palestiniens tués dans des affrontements avec l’armée israélienne». Ce titre laisse penser au lecteur qu’il y a eu des «affrontements» et que les moyens de violences étaient également repartis de part et d’autre. On allège ainsi l’opprobre moral de ces tueries. On omet de dire que les Palestiniens étaient des manifestants au plus armés que de pierres et de pneus. Le même site ajoute: «le face-à-face tendu a dégénéré en affrontements, parmi les plus sanglants de ces dernières années». Il faut y comprendre que ce «genre de choses» est récurrent (banalisation) et que la seule différence, c’est le nombre de tués. On y lit aussi «ces derniers ont répliqués (ndlr. parlant des soldats israéliens) en tirant à balles réelles et en faisant usage de gaz lacrymogène». L’intérêt du mot «répliqué» est de faire paraître que ce sont les Palestiniens qui ont «agressé» et que les Israéliens ont seulement «répliqué» (justification des tueries). «Au delà du tintamarre de la propagande et des commentaires...», ajoute-t-il, pour insinuer que l’on «faisait du bruit et de la propagande» autour de ces tueries, comme si ce n’était pas des faits. En revanche on ne parle guère de propagande quand on s’appuie sur une vidéo non authentifiée pour décréter une attaque chimique.

The Guardian quant à lui titrait : «Le bilan des morts s’alourdit lors de manifestations de Palestiniens à la frontière de Gaza». On occulte ainsi la cause de ces morts : c’est à croire que la foudre est tombée du ciel pour tuer des Palestiniens pendant qu’ils manifestaient. Un autre titre du Guardian affiche :«Les Palestiniens disent que plus d’une dizaine a été tués lors de manifestations à la frontière de Gaza». Il faut y comprendre : ce sont les Palestiniens qui «disent» donc ce n’est même pas vérifié.

Le NYT a repris pratiquement les mêmes titres en ajoutant : «le bilan des morts était élevé malgré la promesse du Hamas que les manifestations seraient pacifiques et par Israël qu’il...allait utilisé les tirs à balles réelles judicieusement(sic)». Ça se passe de commentaire.

Le Secrétaire Général de l’ONU a quant à lui appelé à une «enquête transparente» comme s’il y avait un doute sur la cause de ces morts (Israël n’ayant même pas cherché à nier qu’il ait tiré).

Plus récemment, les Israéliens ont tué 57 Palestiniens en une journée (14 mai) et blessé 2700 autres par des tirs à balles réelles entre autres. Les mêmes titres sont réapparus dans les médias occidentaux (RFI, CNN, Le Monde, etc.) : « des Palestiniens tués dans des heurts avec l’armée israélienne». Cette fois-ci la dénonciation de l’hypocrisie s’est faite vive. Alain Gresh, ex-rédacteur en Chef du Monde Diplomatique a dénoncé la retenue avec laquelle la presse occidentale décrit la situation dans les territoires palestiniens. Pour lui, «ce ne sont pas des "heurts" ou des "affrontements", c'est un massacre. Quand une armée tire sur une population qui est désarmée, des civils désarmés, on appelle ça un massacre», a-t-il affirmé sur RT France le 14 mai. La presse a fini par céder par moments pour parler enfin de «Palestiniens tués par des tirs de l’armée israélienne». Toutefois, ce n’est pas dans ces médias dominants qu’on verrait le titre «carnage israélien à Gaza».


Cette couverture biaisée de l’actualité n’est certainement pas nouvelle mais ce qui peut paraître nouveau c’est le comportement des médias occidentaux (notamment ceux dits de gauche) dans la poussée pour les attaques du trio USA-UK-France sur la Syrie.

Médias-va-t-en guerre

En effet, ce sont les médias qui formulèrent les accusations d’attaque chimique sur la base d’une vidéo dont la crédibilité n’a guerre été prouvée et dans un contexte où toute pensée logique exclurait que Assad ait utilisé une arme chimique après avoir remporté une bataille. A coups de circonlocutions, ils transformèrent un fait douteux en certitude. Cela n’étant pas suffisant, ils optèrent de pousser leurs gouvernements à intervenir dans un contexte où la présence de l’armée russe sur le territoire syrien rendait la situation potentiellement explosive.

The Guardian titrait ainsi le 09 avril 2018 : «Trump : "La Sryrie va payer un prix fort pour son usage de l’arme chimique"», le 10 avril : «Trump dit qu’une décision est imminente sur la Syrie». Ils ont ainsi maintenu à la une de leur publication des titres entretenant la gravité de cette «prétendue attaque chimique» et la nécessité pour l’Occident de bombarder la Syrie, puis maintenu la promesse de Trump à la une comme pour lui dire : «tu as promis, on attend impatiemment que tu délivres». Le même phénomène s’est produit dans le NYT et plusieurs autres médias occidentaux.

Media va-t-en guerre (The Guardian)
Media va-t-en guerre (The Guardian)

On assiste ainsi à un phénomène nouveau : dans le temps, le rôle des médias était de questionner les propos et l’action de leurs gouvernements car ce qui se dit n’est pas forcément vrai. En témoigne le mensonge ayant conduit à la guerre de l’Irak, qui fut la principale cause de la naissance de l’État-Islamique. De nos jours, les médias semblent devenus des batteurs de tambour de guerre : ils créent de faux prétextes de toutes pièces et incitent leurs gouvernements à agir sur la base des faux faits qu’ils ont crées. The Guardian dans un éditorial schizophrénique décrit la situation avec brio : «Faire paraître énormes les enjeux est une forme d’auto-hypnose qui rend ceux sous son effet incapables de résister aux solutions militaires simplistes»[1].

Les raisons de cette tendance médiatique

Les raisons de cette tendance à la substitution des faits par la propagande sont nombreuses pour être toutes énumérées. Comme le dit le titre de cet écrit, on peut même se demander si cela est un fait nouveau. Les médias n’ont jamais été neutres dans la couverture de l’information et ce depuis leur naissance. Cependant, il y a toujours eu une certaine diversité médiatique : des médias de droite, d’autres de gauche, certains militant, d’autres d'apparence plus neutre, défendant chacun des causes différentes. Les médias de gauche ont traditionnellement été plus ouverts sur le monde, en raison de leurs affiliations aux idées révolutionnaires, parfois marxistes et internationalistes. Cette distinction a été oblitérée récemment. Ce phénomène de pensée unique concerne aussi les partis politique du système occidental, ceux de gauches ayant progressivement glissé vers la droite.

Parmi les causes les plus récentes de cet alignement des médias sur la propagande guerrière, on peut citer : l’élection de Donald Trump, la sortie de la Grande Bretagne de l’Union Européenne (UE), la montée de médias alternatifs et citoyens sur l’Internet, les difficultés économiques en Occident, la montée de la puissance économique de la Chine, et la résurgence de la puissance militaire et économique de la Russie.

L’élection de Donald Trump qui s’est faite au détriment de leurs chouchou «Hillary Clinton» a poussé les médias (de gauche notamment) vers une hystérie anti-russe. Clinton a fait le pari d’un durcissement de ton contre la Russie pour forger sa stature de «dame de fer» à des fins électoralistes. Trump, en raison de son désir de rapprochement avec Moscou, a attiré (chose toute naturelle par ailleurs) la sympathie de la Russie. Ceci a fait croire aux médias occidentaux que c’était la Russie et non pas la faiblesse de leur candidate, ou le rejet de la propagande médiatique outrancière en faveur de celle-ci, qui a été à l’origine de l’accession de Trump au pouvoir.

Paradoxalement, ce sont les mêmes médias qui,  par réminiscence de ce que fut le métier de journaliste, avaient publié les fuites de Wikileaks ayant exposé le parti-pris du parti démocrate pour Clinton au détriment d’un candidat plus populaire (Bernie Sanders). Leur acharnement, par des moyens parfois déloyaux, à dénigrer Trump et promouvoir Clinton a sans doute rébuté une bonne partie de l’électorat. Dans l’hypothèse même d’un coup de pouce de la Russie, on peut se demander où se trouve le problème, sachant que les Occidentaux dont les ÉU et la FR, opèrent de façon similaire dans le monde. Ils vont même jusqu’à perpétrer des coups d’États ou des attaques militaires pour renverser des gouvernements. Une fuite d’information est mineure au regard de ces faits.

Le même scénario s’est répété avec le choix de l’électorat britannique de quitter l’UE lors du référendum sur le «Brexit». Ces deux événements ont été perçus par l’élite occidentale comme précurseurs de la fin de l’ordre mondial bâti sur leur domination. De façon presque puérile, ils ont réagi par la propagande et la guerre pour se rassurer eux-mêmes et envoyer un message aux autres qu’ils dominent toujours le monde.

La réémergence de la puissance russe sous l’auspice de Vladimir Putine est un cauchemar pour un Occident qui avait cru avoir conquis toute la planète et à mesure d’imposer sa volonté à tous. L’émergence de la Chine est une autre source d’anxiété pour ceux pour qui les relations internationales sont un jeu à somme nulle, c’est-à-dire que le gain de l’autre est une perte pour soi, que l'on est: soit dominant, soit dominé.

L’Occident se croit donc en guerre et la vérité est la première victime de toute guerre. Ces médias ne perçoivent plus ce qu’ils font comme du journalisme mais plutôt comme un devoir patriotique. La vérité importe alors peu et les faits doivent servir à la cause de la victoire. C’est pour cette raison que même les informations les plus fausses sont diffusées au public dans un concert unanime pour mieux l’hypnotiser. Les journalistes de profession se retrouvent loin du terrain de l’information au profit de «reporters de guerre» qui en réalité sont des espions masqués pour renseigner et pour livrer la version officielle des événements.

A ces raisons il faut ajouter le déclin des médias classiques, lié à l’omniprésence d’Internet. Grâce à Internet, l’information n’est plus le monopole de quelques groupes contrôlés soit par l’État, soit par des multinationales privées. La réaction de l’élite a donc consisté à faire pression sur les moteurs de recherches et les réseaux sociaux pour déclasser les sites alternatifs, et les priver de visibilité. Comme quoi la liberté d’expression tant vantée n’existe que quand l’élite contrôle les moyens de l’information.

Les conséquences possibles de cette situation

Les conséquences possibles de cette situation ne s’annoncent guère bonnes. La première conséquence est bien sûre la possibilité d’une guerre d’envergure mondiale. Même si l’attaque contre la Syrie a été faite avec une permission russe (elle n’a visé que des infrastructures évacuées bien avant, preuve de son caractère puérile), elle a envoyé une onde de choc sur toute la planète. Cette attaque a fragilisé davantage la confiance en un système légal international déjà douteux. Russes, Chinois et Iraniens pourraient bien être entrain de se préparer pour une guerre désormais envisageable, vu l’imprévisibilité des acteurs internationaux.

L’autre conséquence, c’est le discrédit jeté sur tout ce qui existe comme normes internationales. En raison de la démocratisation de l’information, les manipulations médiatiques sont de plus en plus exposées et l’hypocrisie de moins en moins supportable. On se rend compte que les médias occidentaux sont à même de manufacturer des faits, influencer la justice internationale qui perd ainsi de son caractère objectif, et pousser leurs gouvernements à lancer des guerres. Par exemple, dans le cas de l’attaque chimique présumée en Syrie, ceux qui figuraient sur la vidéo utilisée comme preuve ont été retrouvés et transportés jusque devant l’Organisation pour l’interdiction des Armes Chimiques pour témoigner, que les faits montrés dans la vidéo ont été truqués.

Quiconque ne s’informant que par les médias occidentaux ne saura même que cela s’est produit. Ils ont imposé une omerta totale sur ces faits. Dans cette logique, des milliers de personnes peuvent être tuées dans le monde sans que la justice internationale se mobilise (il ne saurait même pas que cela se serait produit). En revanche, de faux événements peuvent être inventés et conduire à des guerres ou une extradition devant la CPI. Par exemple, un reportage de l’AFP sur les tueries israéliennes mentionne que «HRW et Amnestie Internationale sont allés (sic) jusqu’à parler de crime de guerre». Les médias ont décrété ainsi que le carnage ne constituait pas un crime de guerre et que les organisations de défenses de droits humains, déjà très biaisées, vont trop loin dans leurs accusations. Pourtant, sans les disculper, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont à la CPI pour des actes d'accusations qui ne comportent même pas autant de victimes.

Une autre conséquence possible de cet agissement médiatique est le discrédit sur leur problème système. Ils présentent l'élection de Donald Trump comme une «attaque russe» sur la «démocratie», mais en réalité, la démocratie ne peut être attaquée efficacement que de l'intérieur. En redoublant de manipulations pour couvrir leurs échecs initiaux, ils ne font que parachever leur discrédit. Aussi, en faisant le jeu des services secrets et des gouvernements, cette fois-ci, contre des adversaires extérieurs, ils prêtent le flanc à des agissements similaires sur des affaires intérieurs. Les méthodes employées à l'extérieur finissent toujours par être importées à l'intérieur.

Enfin, la fin de l'apparence d''objectivité jette les journalistes en pâture. Si le chantre de la liberté de la presse qu'est l'Occident se lance dans la répression de l'information libre et le contrôle de celle-ci par des officines secrètes, cela donnera des ailes à tous les régimes autoritaires dans le monde pour réprimer les journalistes. Aussi, la force des journalistes ne provient que de la confiance en eux placée par les citoyens. Si le journalisme deviant du lavage de cerveau, il ne faudrait pas s'étonner que les citoyens ne souscrivent plus aux journaux payants. Qui voudra payer pour se faire laver le cerveau? Paradoxalement, le déclin des revenus des médias les poussent à se vendre aux plus offrants et en faisant ainsi, ils s'éloignent de leur auditoire, tout un cercle vicieux!

Il faut espérer que les médias des autres parties du monde fassent preuve de discernement dans le traitement de l'information, celle-ci n'étant plus systématiquement vraie. Les «fake news» ou intoxication ne sont plus l'apanage de groupuscules obscurs. De grands médias bien pensant s'y adonnent désormais sans subtilité. La fin de la vérité, c'est la fin de la confiance et la fin des règles! Un proverbe burkinabè dit que «le diseur de mensonges se trompe lui-même s'il prend l'absence de réaction de son auditoire pour de la crédulité». Il ne faudrait pas s'étonner qu'un jour ceux-ci soient à bout de patience. Quand cela se produira, la guerre et le chaos ne seront pas loin.

Notes

1. Making the stakes appear enormous is a form of self-hypnosis that renders those under its insidious spell unable to resist simplistic military solutions (8 avril 2018). [Retour]

Dernière modification le Dimanche, 03 Juin 2018 23:32