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Opinions - Opinions
Écrit par S. Barry   
Dimanche, 09 Octobre 2011 18:34

 

La politique française n’en finit pas avec ses feuilletons politiques aussi fracassants les uns que les autres. Après l’affaire sidérante de l’ex-patron du FMI, un autre feuilleton s’ouvre, cette fois sur la face cachée de la politique africaine de la France.

Robert Bourgi, avocat français qui semblait jouer les bons offices de ce réseau occulte et mafieux, la françafrique, fait des révélations sulfureuses qui sans nul doute ont dû faire trembler un certain Francois Xavier Vershave dans sa tombe. Un intellectuel dont le combat, toute sa vie durant a été de porter au grand public ces relations occultes qui ont longtemps été renvoyées du discours politique officiel.

Monsieur Bourgi confie au Journal du Dimanche du 11 septembre 2011 avoir été intermédiaire  pour   des remises de fonds par des chefs d’Etats africains à des hommes politiques français à des fins de financement de campagnes électorales. Tout n’a certainement pas été dit, mais l’essentiel y est.

Ces révélations à des détails près étalent désormais l’odieuse hypocrisie de la France vis-à-vis de l’Afrique aux yeux du monde, un monde certes dirigé par des puissances préoccupées depuis belle lurette bien plus par la défense de leurs intérêts géostratégiques que par une quelconque défense de valeurs communes.

Les indépendances n’étaient qu’une farce

Ce qui est resté longtemps officieux, devient subitement officiel. La françafrique s’invite forcément au débat. Comme on le dit bien souvent: le mensonge a beau courir, la vérité finit par le rattraper un jour. L’histoire donne raison à ceux qui ont vu aux indépendances africaines, des indépendances formelles, déguisées.

L’occident a servi le discours des indépendances aux peuples, mais la spoliation a continué. Désormais, le néocolonialisme est un fait officiel, quelque soit les suites qui seront réservées à ces révélations. L’Afrique est un continent de contraste. Officiellement marginalisée, officieusement adulée.

«Que des chefs d’États africains financent des élections en France, bien sûr c’est mauvais, mais que la France ait de l’influence en Afrique pour ne pas se faire devancer par la Chine, le Brésil…. n’est par contre pas mauvais ». Cette affirmation de la ministre de l’écologie résume assez bien l’opinion des politiques français d’aujourd’hui, toute tendance confondue, des rapports de la France à l’Afrique.

C’est dire lorsque la France intervient en Cote d’Ivoire ou en Libye pour déloger des «dictateurs» qu’elle avait encensés la veille, on ne devrait pas y voir la nécessité de protéger et d’élargir son pré-carré, mais plutôt une contribution au processus démocratique en Afrique. A entendre les politiques français, ce qui est mauvais, c’est d’exposer au grand jour les envois de mallettes d’argent aux responsables français par les chefs d'États africains. Ce qui est donc incriminé, ce n’est pas tant les actes criminels commis à l’encontre des peuples soumis à des sacrifices inhumains de survie, mais plutôt le fait de les rendre public.

C’est sûr que tout cela devient embarrassant pour toute la classe politique française à la veille d’une élection présidentielle;  plus encore pour le Parti Socialiste, d’autant plus que Mitterrand même flanqué de ses valeurs de gauche n’a pas fait exception. Finalement, on se rend bien compte que la corruption des politiques n’est ni l’apanage, ni une trouvaille des Africains. On est même porter à croire qu’il s’agit bien là d’un héritage colonial.

Le néocolonisalisme désormais avéré

La françafrique ne date pas d’aujourd’hui, sa dénonciation non plus. Ceux qui ont eu l’audace de s’attaquer à ce réseau mafieux l’ont payé au prix fort. Certains ont été assaillis de procès, d’autres ont payé de leur vie, l’audace d’y avoir touché du doigt. La liste est longue. Après l’assassinat du President Sankara, leader emblématique de la lutte contre le néocolonialisme, la françafrique se coulait de beaux jours. La preuve : l’Afrique continue  de servir la France de billets craquants. Quel chagrin, qu’un pays comme le Burkina Faso, berceau de la lutte anti-impérialiste il y’a à peine quelques années soit aujourd’hui le bastion, voire la main invisible de l’impérialisme en Afrique de l’Ouest.

Sous la révolution, Thomas Sankara et Blaise Compaoré entonnaient tous les slogans: l’impérialisme, abas! Le néocolonialisme abas ! Aujourd’hui, Blaise Compaoré semble être devenu l’homme de main de la françafrique. Ironie du sort !

Lorsque Nicolas Sarkozy fait l’injure à l’Afrique, en affirmant qu’elle n’est pas entrée dans l’Histoire, la France devra au moins lui être reconnaissante d’avoir servi de vache laitière pendant tous ces siècles.

Pauvre Afrique, pendant qu’on s’empresse de vider ses ressources, on nous sert le discours officiel du continent qui n’a pas d’Histoire. La françafrique n’est pas prête de s’arrêter, quelque soit les suites qui seront données aux récentes révélations. Aucune tendance politique n’a été capable de remettre en cause de façon fondamentale ces liens mafieux qui ont permis de continuer le pillage de l’Afrique après les soi-disant indépendances.

La singularité française

Ceux qui ont cru au vœu de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle française de 2007 de rompre avec les pratiques occultes en Afrique se sont fourvoyés simplement. Au demeurant, si l’on était encore tenté de penser, après les déclarations de Bourgi que le système des mallettes se soit arrêté avec Sarkozy, on serait encore déçu. Pierre Péan balaie une telle hypothèse dans son livre La République des mallettes : enquête sur la principauté française de non-droit[1]. Il écrit : «Cette thèse ne me semble absolument pas crédible. Je suis convaincu qu’en 2007, c’est-à-dire pour l’élection présidentielle, il y a eu des circuits financiers entre les chefs d’Etat africains et la France. J’ai eu des témoignages de l’entourage d’Omar Bongo m’affirmant que des efforts financiers avaient été faits vers le clan de Nicolas Sarkozy.»

A la lueur de ce qui vient d’être dit, la question qui se pose avec acuité est celle-ci: qu’est-ce qui distingue la France des autres ex puissances coloniales pour qu’elle soit la seule à entretenir ce type de relations avec ses anciennes colonies?

D’aucuns arguent que les français en tant que peuple ne sauraient être tenus comptables des agissements de leurs responsables politiques. Cet argument ne résiste pas à l’analyse car la France est une démocratie semble-t-il; par conséquent le peuple est à mesure de se débarrasser des dirigeants dont il abhorre le comportement.

Il n’est pas en effet anodin que même les mécanismes de contre-pouvoir que sont les médias et les leaders d’opinions soient tous complices du système d’exploitation de l’Afrique par la France. Tout se passe comme si en France il y avait un pacte tacite entre tout ce monde à propos de l’Afrique.

L’explication de cette curiosité pourrait se trouver dans ce qu'Odile Tobner a appelé le «racisme français», ce racisme séculaire enfoui et entretenu dans la mémoire des français qui les rend peu sensibles aux mauvais agissements de leurs dirigeants à l’égard des autres peuples - les Noirs en particulier.



Notes

1. Péan, Pierre (2011): La République des mallettes : enquête sur la principauté française de non-droit, Fayard [Retour]

 

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