Mardi 17 Octobre 2017

Pourquoi on ne dit pas « République du Burkina Faso » ?

Armoirie du Burkina Faso

Notre pays a certes connu divers bouleversements sociopolitiques depuis son indépendance, le 05 août 1960, mais les plus importants se sont produits sans doute lors de la révolution de 1983-1987. Le 04 Août 1984, lors de l’anniversaire de l’avènement de la révolution, le pays a changé de nom pour devenir le Burkina Faso. Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé et plusieurs de nos compatriotes, si ce n’est leur écrasante majorité, ont oublié ou n’ont pas une bonne connaissance des symboles de l’État et de leur signification profonde.

Mêmes les plus hautes autorités du pays font parfois l’erreur de qualifier le 11 décembre, jour de notre fête nationale d’anniversaire de notre accession à l’indépendance. La date du 11 décembre marque la constitution du pays en république et est en même temps la fête nationale.

L’historique du changement de nom

Le pays a été érigé en République de Haute Volta le 11 Décembre 1958. Ce nom de Haute Volta n’avait aucune signification pour les habitants de notre pays. Il vient en effet du fleuve Volta, dérivant lui-même du nom d’un voyageur portugais. Le fleuve Volta coule pourtant en grande partie au Ghana et prend seulement sa source dans notre pays qui est situé en hauteur par rapport à l’océan Atlantique dans lequel il se jette.

Ce nom n’est donc pas lié à l’histoire culturelle ou politique de notre pays, il n’est qu’un pur produit de la colonisation. Par ailleurs, cette habitude de donner des noms européens aux lieux géographiques africains est une illustration de la négation de la civilisation africaine par les conquérants européens. Même si beaucoup d’Africains ont redonné à ces lieux leurs noms d’origine comme le Ghana pour la Gold Coast ou le Zimbabwe pour la Rhodesie du Sud, certains n’ont nullement reconnu cette nécessité.

La Côte d’Ivoire garde entièrement son nom colonial, symbole de l’exploitation. Le fleuve Volta lui-même garde son nom colonial pour sa partie ghanéenne. Ça aurait été probablement le cas pour notre pays, n’eût été la lucidité du Conseil National de la Révolution présidé par le Président Thomas Sankara à qui on doit le changement du nom du pays pour Burkina Faso, le 04 Aout 1984.

A l’occasion d’une exposition culturelle burkinabè à Harlem, aux États-Unis, le 02 octobre 1984, le Président Sankara a expliqué en ses propres termes les raisons de ce changement de nom : «Nous avons décidé de changer de nom. Cela correspond à un moment où nous sommes en train de renaître. Nous avons voulu tuer la Haute-Volta pour faire renaître le Burkina Faso. Pour nous, le nom de Haute-Volta, symbolise la colonisation. Et nous estimons que pas plus que nous n'avons d'intérêt pour la Haute-Volta nous n'en avons pour la Basse Volta, l'Ouest Volta, l'Est Volta. Cette exposition nous permet ici de donner à la face du monde entier le véritable nom que nous avons choisi: Burkina Faso. » [1]

Pour lui, ce changement de nom s’inscrit dans le cadre de la renaissance burkinabè. Il a fallu tourner dos aux colonisés que nous étions devenus pour se forger une identité propre, conquérante de l’avenir. Ce nom vient de deux des trois langues nationales burkinabè: Burkina (qui se prononce « Bourkina » en français) vient du mooré, et son sens ne saurait être rendu fidèlement par le français : intègre, honnête, brave, digne ; et Faso vient de l’expression « Fa so » du dioula qui signifie terre de mon père ou patrie.

Ainsi donc, littéralement, Burkina Faso veut-il dire La Patrie des Hommes intègres. Les habitants du pays sont des Burkinabè (avec accent grave) qui a pour radical Burkina et pour suffixe , qui vient de la troisième langue nationale, le fulfuldé et signifie (habitant de) homme ou femme. Burkinabè signifie donc littéralement les habitants du Burkina. Il faut noter que ce mot est invariable et ne saurait par conséquent s’accordé au pluriel ou au féminin comme certains ont l’habitude de le faire.

Là encore, il a fallu batailler ferme contre les Français qui malgré l’acceptation de la langue française comme langue officielle par plusieurs pays africains dont le Burkina Faso, rechignent à accepter un seul mot étranger dans leur langue. Jusqu’à présent, dans certains dictionnaires français, les habitants du Burkina Faso sont appelés des «Burkinabés» ou pire encore des «Burkinais».

Dans la même lancée, les affluents du fleuve Volta ont également changé de noms : La Volta Noire est devenue le Mouhoun, la Volta Rouge est devenue le Nazinon et la Volta Blanche est devenue le Nakambe.

Pour comprendre l’enjeu de ces changements de noms, il faut suivre parfois les médias français qui comme pour nous rappeler à leurs vieux souvenirs martèlent à chaque fois qu’ils parlent du Burkina Faso notre statut d’«ex-colonie française» ou d’«ancienne Haute Volta». Pourtant, cela fera bientôt trente ans que notre pays aura changé de nom et on ne peut plus continuer à plaider l’équivoque. Paradoxalement, quand on parle des USA, on ne dit jamais ex-colonie britanique.

Malheureusement, bien d’Africains et de Burkinabè tombent dans le piège. Dans les médias burkinabè, quand on évoque le moore, le dioula ou le fulfulde, on les adjoint systématiquement du terme «langue nationale» comme s’il y avait quelqu’un au Burkina qui ignorait ce fait. De même, quand on évoque des événements qui se sont produits dans le passé, on parle de Haute Volta comme si le nom Burkina Faso ne désigne pas le même territoire. Vraisemblablement, on le fait par imitation des Français, mais les Français ont leur propre raison que la nôtre semble ignorer...

La forme de l’État

La constitution burkinabè dans son article 31 stipule que: «Le Faso est la forme républicaine de l’État » . Notre pays est un Faso, c’est-à-dire une patrie pour tous ses filles et fils et non une république au sens classique du terme. On doit cette spécificité aux idées de la révolution qui a voulu enterrer tout mimétisme institutionnel et sociétal afin de puiser dans notre imaginaire collectif de quoi nous organiser plus efficacement. Le Faso est donc tiré de l’attachement qu’ont les Burkinabè pour leur patrie, leur « bayiri » qui est l’équivalent de Faso en moore.

Ainsi, est-il complètement aberrant de dire république du Burkina Faso. Dans le même ordre d’idée, on ne devra jamais dire Président de la république comme cela se dit dans certains pays comme la Cote d’Ivoire ou le Sénégal. Il faut noter et c’est important, que plusieurs de nos compatriotes ont remarqué l’utilisation des expressions « Président du Faso » ou « Présidence du Faso » sans malheureusement en comprendre les raisons.

Mentionnons que théoriquement, on pourrait un jour voir la Guinée ou la Cote D’Ivoire devenir des Faso, c’est-à-dire des États d’inspiration africaine où on assumera notre identité africaine, meilleure manière de vivre libre et digne, pour citer Thomas Sankara. Par ailleurs, le Mali peut être considéré comme un Faso, en témoigne son nom complet en Bambara: Mali ka Fasojamana.

Les langues nationales

Pour tout peuple, la langue est l’outil indispensable à l’expression de ses sentiments, de sa vision du monde, de ses croyances et de sa culture. Pour mieux valoriser les langues burkinabè, qui avaient été délaissées depuis la colonisation, trois langues ont été portées au titre de langues nationales. Ce sont : le mooré, le dioula et le fulfulde. L’objectif premier étant de permettre au peuple de mieux comprendre et suivre la vie sociale, politique et économique, et surtout d’exporter sa culture.

On ne le dira jamais assez, les langues étrangères constituent l’une des principales raison des difficultés politiques et économiques et surtout une barrière au progrès scientifique et technologique de l’Afrique. Elles constituent à ne point douter un piège dans lequel on tombe facilement sans se rendre compte. Ainsi utilise–t-on des termes comme mouton noir, vendredi noir, etc. pour décrire tout ce qui est négatif, sans se rendre compte que nous sommes nous-mêmes des Noirs et que ce symbolisme des couleurs est à notre détriment. L’adoption réelle des langues nationales devraient éradiquer ces cas de figures.

Il faut par ailleurs noter que chez la plupart des peuples africains et burkinabè en particulier, le blanc symbolise la couleur du deuil et non le noir. Jusque dans les îles antillaises, le blanc est toujours utilisé comme symbole du deuil. L’Afrique actuelle, à commencer par ses autorités s’habille pourtant en «costume noire» par imitation de l’Occident pour marquer le deuil.

Les symboles du Burkina Faso

Le drapeau

L’emblème du Burkina Faso est un drapeau bicolore  (rouge au-dessus du vert), divisé en deux bandes horizontales de dimensions égales. Le centre du drapeau est frappé d’une étoile jaune/or à cinq branches. Le rouge symbolise le sang versé hier, aujourd’hui et demain par les patriotes pour assurer notre victoire. Par extension, il représente tous les sacrifices du peuple burkinabè. Le vert est le symbole des diverses richesses végétales et agricoles de notre peuple. Il symbolise par extension l’abondance qui fera le bonheur de notre peuple. L’étoile jaune symbolise la vision et la perfection qui doivent nous guider dans la conquête de l’avenir.Drapeau du Burkina Faso

Il faut noter que ces couleurs sont aussi celles de l’Afrique et de sa diaspora. C’est la raison pour laquelle plusieurs pays africains partagent les mêmes couleurs nationales même si elles sont parfois agencées différemment. Aux couleurs rouge, verte et jaune, la diaspora ajoute également le noir pour signifier leur attachement au continent noir, l’Afrique.

L’hymne national

L’hymne national du Burkina Faso se nomme le Ditaniyè. Le mot Ditaniyè est d’origine lobiri et signifie « Chant de la victoire ». Il a été adopté le 04 août 1984 à l’occasion du changement de nom et de symboles du pays. Son contenu exalte la fierté, le courage et le patriotisme des Burkinabè. Pour une explication complète de son sens, se rendre sur cette page.

Nous reproduisons ici le premier couplet et son explication.

«

Contre la férule humiliante il y a déjà mille ans
La rapacité venue de loin les asservir il y a cent ans
Contre la cynique malice métamorphosée
En néocolonialisme et ses petits servants locaux

»

Ce couplet signifie de façon détaillée selon ce site:

Nous sommes contre la pratique humiliante de la traite négrière infligée aux africains par les marchands d’esclaves.

Nous sommes contre la cupidité des colons venus de loin pour s’enrichir à tout prix rapidement, au détriment des Africains pendant la période coloniale, il y a cent ans.

Nous sommes contre ces fausses gentillesses et l’hypocrisie des faux amis transformés en une nouvelle forme de colonialisme, qui impose à notre pays une domination économique et contre nos frères Noirs qui servent cette cause.

La devise

La devise actuelle du Burkina Faso est « Unité, Progrès, Justice ». Cette devise a remplacée celle adoptée sous la révolution qui était : « La patrie ou la mort, nous vaincrons ». Cette devise qui a symbolisé la révolution est tirée elle-même de la devise de la révolution cubaine. Cependant la plupart des Burkinabè s’identifient toujours à l’ancienne devise.

L’objectif du présent écrit est de rappeler les symboles du Burkina Faso qui ont été forgés le long de notre histoire politique récente et ancienne. En effet, aucun peuple ne peut envisager un avenir radieux sans s'appuyer au préalable sur des fondamentaux solides. C'est le patriotisme et le désir de gloire qui peut relativiser l'individualisme et alimenter l'action collective en faveur du progrès.

Notes

1. GAKUNZI, David (1988): Oser inventer l’avenir. La parole de Thomas Sankara, Pathfinder et l’Harmattan. [Retour]

Dernière modification le Dimanche, 26 Avril 2015 12:16

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