Mardi 12 Décembre 2017

Il y avait dans une cité un homme riche et puissant, disposant de plusieurs serviteurs. Se disant pétri d’expérience dans la gestion des affaires de la cité, les habitants décidèrent à un moment donné de faire de cet homme leur roi. Aussitôt son couronnement terminé, le conseil des notables s’organisa et demanda au nouveau roi un traitement spécial et différent des autres serviteurs. Les notables expliquèrent qu’ils sont les faiseurs de rois, les gardiens de la tradition et par conséquent, devraient recevoir plus de faveurs et de bonnes grâces de la part du roi. Ce dernier céda, croyant bien faire.

Les laboureurs, qui ne sont pas très loin du palais royal, apprirent la nouvelle et s’organisèrent à leur tour pour réclamer du roi un meilleur traitement. Ils expliquèrent au roi: ‘’C’est nous qui labourons la terre dans vos champs. Sans nous, vous n’aurez pas assez de vivres pour nourrir les gens de la cour royale, venir en aide au peuple, et en vendre dans les cités voisines. Au regard de la pénibilité de notre travail, nous exigeons désormais, 35% des récoltes de vos champs.’’ Le roi dans son infinie bonté, accepta.

Les guérisseurs qui écoutaient sans dire mots, se rapprochèrent et sans détour racontèrent: “Lorsque vous êtes malade, Oooh grand roi, c’est nous qui vous soyons. Sans nous, vous ne serez plus jamais en bonne santé. Notre métier est cependant très complexe. La santé n’ayant pas de prix, nous demandons de l’or à compter de ce jour, pour nos services”. Le roi prit peur et accepta ces nouvelles revendications.

Comme une fumée, la nouvelle de la capitulation du roi face aux revendications des serviteurs du palais royal se propagea dans tous les coins et recoins de la belle cité. C’est alors que les  eunuques, les griots, les forgerons, les soldats, etc. se précipitèrent chez le roi pour demander leur part. Chaque groupe trouvait des raisons, des astuces pour demander plus d’avantages au roi… Le roi, cet homme riche et puissant, qui se disait expérimenté dans la gestion des affaires de la belle cité, semblait être dépassé par toutes les revendications corporatistes de ses serviteurs. Consumé par cet engrenage de captation de la rente royale par ses serviteurs, le roi n’avait plus de temps pour résoudre les problèmes de son peuple qui, croupissait dans la misère et vivait de plus en plus dans un environnement d’incivisme, d’insécurité et d’injustice. Pendant combien de temps les habitants de la cité supporteront-ils les pratiques de cette cour royale?

Cette histoire fictive… se déroule pourtant sous nos yeux dans notre chère patrie le Burkina Faso. Magistrats, journalistes des médias publics, travailleurs de la santé, policiers, agents du ministère des finances (impôts et trésor publics), etc. tous, ont tour à tour exigé du gouvernement des avantages quelconques sous peine de grèves et de sit-in à répétition.

Comment en est-on arrivé là? Le péché originel du Président Kaboré n’a-t-il pas été le fait d’avoir ouvert la boîte aux pandores en accordant des avantages faramineux aux magistrats? L’argument qui consiste à dire que les magistrats doivent être indépendants financièrement pour ne pas céder à la corruption ou pour maintenir l’indépendance de la justice tient-il la route? Certainement pas! Il suffit de se référer à la définition du mot ‘’corruption’’ et de l’expression ‘’indépendance de la justice’’ pour comprendre que le niveau de traitement salarial du magistrat n’est pas la seule variable indépendante de la corruption au sein de la magistrature ou du manque d’indépendance de la justice dans notre pays. D’autres variables non moins considérables comme les pressions politiques et morales, l’absence d’éthique, l’incompétence, etc. peuvent aussi entrer en ligne de considération.

Pour juguler cette fronde sociale, le Président de l’Assemblée Nationale (PAN) Salifou Diallo, invite le gouvernement à faire preuve de fermeté car dit-il : « une seule catégorie d’agents publics ne sauraient se soustraire à leurs obligations et se prévaloir uniquement de leurs droits.»{footnote}http://lefaso.net/spip.php?article77442{/footnote}. Portant le 23 mai dernier, les députés ont adopté une  proposition de loi portant statut de la fonction publique parlementaire et il va sans dire que cela aura « une incidence positive sur leur traitement salarial.»{footnote}http://lefaso.net/spip.php?article77367{/footnote} Mieux, cette loi prend en compte le volet social que le PAN résume en ces termes : «Il y a dans ce statut le volet social qui a été pris en compte. Désormais, les fonctionnaires parlementaires ont droit à une prise en charge social de façon permanente, au niveau de la santé, des évacuations, au niveau de certains traitements. C’est aussi ça la force de ce statut.»{footnote}http://lefaso.net/spip.php?article77367{/footnote} Faut-il y voir du populisme ou de l’hypocrisie dans cette sortie du PAN? Il trouve acceptables les revendications des députés mais quand il s’agit de ceux des fonctionnaires, il invite le gouvernement à faire preuve de fermeté…

Certains syndicalistes ayant obtenu gain de cause dans leurs revendications, disent fièrement aux autres agents de l’administration, qu’ils méritent leurs avantages et acquis car disent-ils, ils ont lutté et seule la lutte paie. Personne n’est contre le principe de la lutte. C’est plutôt la forme et les moyens de cette lutte qui souvent posent problème. Quel honneur y a-t-il à prendre en otage tout un peuple pour des revendications corporatistes? Par ailleurs, si nous validons le fait que l’État, sans discernement et sans une approche globale, doit récompenser exclusivement les efforts de ceux qui luttent, nous glisserons progressivement dans la logique de ‘’la raison du plus fort est toujours la meilleure.’’ En d’autres termes, le pays sera mis en coupes réglées et c’est celui qui aura le couteau le plus tranchant et le plus long qui découpera sa part fût-elle celle du lion. Que diront alors nos syndicalistes, nos députés et autres serviteurs de l’État quand les militaires sortiront des casernes avec leurs armes pour revendiquer ‘’un statut spécial’’ ou des indemnités quelconques?

Les syndicalistes et le gouvernement  devraient savoir que tous les serviteurs de l’État sont dans le même bateau et aucun n’a plus de mérite que l’autre quant à la noblesse de leur travail. L’enseignant n’a pas plus de mérite que le médecin et ce dernier non plus n’a pas plus de mérite que le collecteur d’impôts, le magistrat, ou le militaire. Par conséquent, le gouvernement devrait sortir de cette logique d’accords quasi secrets et à la tête du client, pour épouser une approche globale qui placera l’égalité, l’équité et la justice dans le traitement des revendications de tous les serviteurs de l’État.

Alors que tous (Gouvernement, fonctionnaires, députés, magistrats, etc.) prétendent revendiquer et/ou travailler au nom et pour le peuple, que dira ce dernier de ces ‘’revendications lib-lib et accords mouta-mouta’’?{footnote}Expression d’un internaut dont le nom de profil sur Facebook est Maixent Somé.{/footnote} Qu’on le veuille ou pas, tout est une question de perspective et de perception et le peuple devrait avoir son mot à dire. Pendant que nos députés, et nos fonctionnaires réclament et obtiennent des prises en charges sociales et sanitaires, l'écrasante majorité du peuple, ceux qu'on appelle malheureusement ‘’les populations’’, eux ils peuvent mourir à Ouagadougou/Bobo-Dioulasso/Tougan/Dori sans avoir droit à des «évacuations sanitaires». Abandonné épisodiquement par des médecins ou à des infirmiers en grève ou qui font à peine leur travail (faute de moyens), ce peuple-là n’a droit à rien, absolument rien du tout. Trouve-t-on cela normal?

Trouve-t-on normal que pour un pays d’environ 19.600.000{footnote}Selon l’INSD, le chiffre exact en terme de projection pour l’année 2017 est de 19.632.147 http://www.insd.bf/n/{/footnote} d’habitants, environ 200.000 personnes happent à eux-seuls 45% des recettes fiscales de l’État pendant que la norme communautaire se situe à 35%?{footnote}http://www.leconomistedufaso.bf/2016/02/08/budget-2016-non-maitrise-des-depenses-de-personnel/{/footnote}Doit-on qualifier de ‘’front social’’ les revendications de 0,01% des Burkinabè? Ne faudrait-il pas simplement qualifier cela de front syndical et y apporter les réponses adéquates en gardant en mémoire les besoins cruciaux du peuple? En dernière analyse, les Burkinabè auront-ils tort de penser que leur administration publique se comporte comme le colon du XIXe siècle?

Pour Albert Memmi, l’usurpation, le profit, et le privilège{footnote}Memmi, A. (1965). The Colonizer and the Colonized. Beacon Press{/footnote} sont les trois attributs qui définissent le colonisateur. C’est surtout la question du profit qui devrait nous interpeller tous. Tout se passe comme si l’administration burkinabè voyait en l’État, son gâteau, sa vache à lait. S’engage alors une lutte féroce corporatiste pour tirer le maximum de profit auprès de cet État. D’où le spectacle ahurissant des plateformes revendicatives, des grèves et autres sit-in au détriment des usagers du service public ou des attentes du peuple. Cette même administration publique prétend que son travail est indispensable pour notre développement. Pourtant, tout donne à croire par moment que cette administration de par sa prédation, son usurpation et ses privilèges, est le premier ennemi de notre bonheur individuel et collectif. Si les serviteurs de l’État ne rectifient pas le tir, tôt ou tard, le véritable front social cette fois-ci du pays réel, se présentera à l’État sous la forme d’une bombe sociale qui, risquerait d’emporter tout sur son passage.

Nous sommes tous les fils et filles du Burkina Faso et aucun Burkinabè n’a plus de droits et de devoirs que l’autre. Ainsi, le poids de notre désir de vivre en commun et en harmonie, nous commande de faire appel à notre sens de la responsabilité pour que ce peuple qui a tant souffert, ne soit plus l’éternelle la balle de ping pong de ceux qui jouent des matchs pour un rapport de force quelconque. Pour ce faire, notre pays dans l’intérêt de tous, a besoin d’un véritable plan Tiémoko Marc Garango{footnote}L’intendant militaire Tiémoko Marc Garango a occupé les fonctions de ministre des finances et du commerce sous le Président Sangoulé Lamizana. Suite à la gabegie financière de la première république, il conduisit le redressement financier du pays réalisant des excédents budgétaires entre 1967 et 1970.{/footnote} pour nous sortir de ces petits arrangements scandaleux et à huis clos entre amis. Le sens du sacrifice, l’esprit de dialogue et de sincérité de la fin des années 1960s, dévoient habiter les cœurs et les esprits de ceux qui ont à charge la gestion de notre richesse commune. Du reste, le gouvernement dans un élan de transparence et de dialogue national, devrait traduire l’ensemble des plateformes revendicatives ainsi que les accords, dans les langues nationales pour que le peuple puisse avoir son mot à dire…

En tout état de cause, le gouvernement a un choix à faire. Soit il gère le pays pour des privilégiés (tous ceux et celles qui émargent au budget de l’État), soit il le gère pour le bien-être de tous les Burkinabè. Il y a urgence et il faudra vite choisir!!!

Norbert Zongo laisse à la jeunesse burkinabè et africaine, un héritage inestimable. Il n’a pas obtenu un doctorat mais sa contribution en termes de production intellectuelle surpasse celle de certains académiciens burkinabè. Il n’était pas un homme politique mais en dehors de Thomas Sankara, rares sont les hommes et femmes politiques au Burkina Faso qui jouissent de sa popularité auprès du peuple. Il n’était pas un sain mais vivait en parfaite symbiose avec le peuple. Il n’a jamais fêté son Nième milliard mais il était serviable et utile en ayant le cœur sur la main.
On continuera à se demander comment Blaise Compaoré a-t-il manœuvré pour rester à la tête du Burkina Faso durant 27 ans? Au lendemain du 15 octobre 1987, beaucoup de Burkinabè avaient parié que son pouvoir ne ferait pas long feu. Depuis lors, Blaise Compaoré et son régime ont survécu crise après crise pour finir par prendre en otage tout un peuple pendant près de trois décennies. Pour parvenir à cette fin, le silence a été parmi tant d’autres, un outil de gouvernance entre les mains de l’ancien locataire de Kosyam.
Malcolm X s’est investi au prix de sa vie, dans le combat contre le racisme envers les Noirs. Ce racisme, produit de l’idéologie de la suprématie blanche, avait fait des Noirs Américains des citoyens de seconde zone. La liberté, l’égalité, et la justice leur était refusé ou du moins, s’appliquaient à eux de manière arbitraire… Malcolm X a marqué les cœurs et les esprits de ses concitoyens de l’époque et certaines de ses idées considérées comme radicales de son temps, trouveraient aujourd’hui un écho favorable auprès d’une certaine jeunesse africaine.
L’objectif de cet article c'est de faire appel à la vigilance des Africains, pour que la lutte contre le terrorisme ne devienne pas une excuse des gouvernements africains pour justifier le manque de progrès dans la quête de démocratie et de progrès économique et social.

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